Mardi 27 juin 2006

Rachid Arhab, un maghrébin à la télévision française

Lors du tournage de son émission «J'ai rendez-vous avec vous» à Marrakech (voir encadré), Rachid Arhab, journaliste star de la télévision publique française, a bien voulu se livrer à nous à bâtons rompus.

S'appeler, Rachid, être un enfant d'immigré kabyle et faire carrière dans les médias publics en France, pendant les années 80, semble relever de l'exploit. En somme, il fait figure de contre-exemple vivant par rapport au cliché tenace et réducteur de l'arabe moyen dans la société française. Pourtant, faire de la télévision ne faisait pas partie de son plan de carrière : «...Ce sont mes professeurs à l'école de journalisme qui m'ont poussé dans ce sens, car ils avaient vu en moi une aptitude à passer devant une caméra. Au départ, je ne jurais que par la presse écrite...»

Cependant, il affirme avoir échappé, pendant des années, à sa responsabilité vis-à-vis de la communauté maghrébine, qui découle de son succès dans un environnement souvent hostile «...J'ai très longtemps fui cette responsabilité, et j'ai eu raison ! Car je ne voulais pas servir d'alibi pour la république.

Au début, on a essayé de me pousser vers des émissions plutôt communautaires, chose que j'ai refusé malgré mon jeune âge et ma petite expérience... je tenais absolument à être un journaliste qui parle à la France avec toutes ses composantes ethniques et culturelles... Je ne voulais pas être confiné dans le rôle du journaliste arabe qui parle aux arabes ! Avec l'âge, je commence à accepter un peu mieux le fait qu'un certain nombre de personnes s'identifient à l'image que je représente en toute modestie... J'espère avoir servi à quelque chose !»

Sa carrière qui a débutée en 1977, comme journaliste à FR3, n'était pas un long fleuve tranquille. Sa progression constante, lui a valu l'honneur de présenter le journal télévisé d'Antenne 2 entre 1998 et 2000. Toutefois, malgré son ambition et son sérieux, il a eu droit au gel de sa position à plusieurs reprises «... j'ai souvent refusé d'être un ‘béni-oui-oui', autrement ma carrière aurait pris une toute autre tournure...»

D'ailleurs, sa célébrité il ne la doit qu'à sa propre compétence, envers et contre une mentalité administrative qui privilégie le profil de l'exécutant à celui du créatif. Le fait de lui confier une émission du Dimanche, semble avoir été pensée comme une mise au placard, mais d'après lui c'était une décision qui lui a permis de pratiquer un journalisme de proximité, un magazine interactif en ce sens que c'est le public lui-même qui propose les thèmes à débattre.

C'est en effet, une sorte d'agora où des anonymes prennent la parole sans langue de bois «...C'est une émission qui m'a donné une grande liberté d'action, c'est en plus une des rares qui m'a permis de découvrir des vérités qui sortent de ce que l'on appelle communément‘ opinion publique' qui souvent me parait comme une notion arbitraire...»

Sa venue au Maroc, ce n'était pas un hasard. Le projet de faire une émission à partir de Marrakech est vieille de deux ans au moins. En effet, il considère le Royaume comme une seconde patrie «...je vois le Maroc comme un pays qui a une vraie profondeur, une histoire très riche, et un dynamisme qui me rend quelque part un peu jaloux en tant qu'Algérien ! Son évolution, je la ressens à chaque fois que j'y viens. Cela n'empêche pas les problèmes d'exister, seulement la situation est nettement plus positive que celle de mon pays qui vit un état de blocage à tous les niveaux malgré les richesses qu'il détient.»

«J'ai rendez-vous avec vous», à Marrakech

Pour la dernière émission de la saison 2006 de «J'ai rendez-vous avec vous», programme de «France 2» diffusé en direct tous les dimanches après treize heures, Rachid Arhab a choisi Marrakech. En tant que concepteur producteur et présentateur de cette émission, il la qualifie de citoyenne en ce sens où il s'agit d'avoir un contact direct avec le public et lui donner la liberté de s'exprimer sur des sujets qui le touchent ou l'intéressent.

Pour expliquer ses motivations, Rachid Arhab affirme que : «... De tous les genres journalistiques que j'ai pratiqués depuis le début de ma carrière, je trouve que ce concept est celui qui a été le plus gratifiant pour moi, dans le sens où pour une fois, j'ai l'occasion d'avoir le feed-back des téléspectateurs de manière directe et de développer une autre idée de l'opinion publique. En général, nous avons l'habitude de hiérarchiser les informations de manière un peu scolaire, et souvent nous négligeons les véritables centres d'intérêt des téléspectateurs qui nous reçoivent sans avoir l'occasion de donner leur avis...»

Par ailleurs, l'émission qui est en train de battre des records de longévité à la télévision publique française, boucle sa sixième année d'existence, pour dire tout l'intérêt que lui portent plus de trois millions de téléspectateurs.

En effet, c'est l'un des rares talk-shows itinérant donnant la parole à des anonymes qui, en amont, proposent les thèmes à traiter : «...En sommes nous avons essayé de faire renaître les cahiers de doléances que la France a connus au début de la Révolution de 1789... Quelque part, nous faisons ce que les élus sont censés faire dans leurs circonscriptions... Dans cette expérience je reste journaliste, mais j'enlève la cravate, je suis en contact... Finalement, j'essaye de dire ce que c'est que l'opinion publique, je me suis rendu compte, en faisant l'émission, qu'il y a des milliers de vérités contrairement à la conception classique voulant représenter cette opinion comme l'avis d'une seule personne...»

 
 
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